L’industrie de la construction à Singapour (1/2)

Singapour

Singapour est un endroit très intéressant tant du point de vue de sa vigueur économique que des pratiques de construction et d’aménagement urbain qu’on y retrouve. CYS s’y est rendue en octobre dernier pour le cinquième congrès mondial des ingénieurs en structures (SEWC 2015). Cet article est le premier d’une série de deux visant à souligner notre visite. Celui-ci traitera plutôt du volet historique du développement de la construction à Singapour, et il sera suivi d’une deuxième capsule se concentrant certaines pratiques de pointe abordées au SEWC 2015.

Le succès économique singapourien

Singapour est l’un des quatre dragons asiatiques, soit l’une des quatre économies de libre marché d’Extrême-Orient (et leurs états associés) ayant connu un développement économique et une industrialisation fulgurants des années 1960 jusqu’aux années 1990. Durant cette période, la croissance annuelle moyenne du PIB de Singapour, de l’ordre de 8%, a été plus de trois fois plus grande que celle des États-Unis. Aujourd’hui, on y retrouve les meilleures conditions de vie en Asie, et plus de 3000 multinationales y exercent des activités.  Cette prospérité peut sembler surprenante, étant donné la maigre superficie du territoire singapourien et l’absence de toute ressource naturelle significative lui étant associée.

Le développement de Singapour peut être expliqué par une très bonne mobilisation initiale de ses ressources au début de son essor, soutenue par des infrastructures bien mises au point, issues de l’occupation britannique antérieure. La stratégie de croissance économique métropolitaine s’est articulée à travers trois axes principaux :

(1) une intervention gouvernementale réfléchie, faisant notamment appel à des experts étrangers issus de pays développés, favorisant le développement sélectif d’entreprises publiques profitables, ainsi qu’une politique économique orientée vers l’investissement étranger et l’exportation et étant favorable aux affaires en général;

(2) une bonne mobilisation du capital-humain sous la forme d’une main-d’œuvre initialement peu dispendieuse, puis de plus en plus éduquée et productive, et;

(3) le développement continuel d’infrastructures appelant à l’émergence d’une industrie de la construction permettant de répondre aux impératives de la croissance économique.

Le développement de l’industrie de la construction à Singapour

Le développement de l’industrie de la construction à Singapour se différencie de celui des autres pays ayant émergé à la même époque par une appréciation marquée de la planification de l’utilisation du territoire et des ressources. Initialement, ce genre de processus de rationalisation en amont s’est possiblement imposé de façon naturelle, de par le climat politique et opérationnel précaire et de par la finitude manifeste du territoire singapourien.  Toutefois, ces considérations primaires ont rapidement évolué en une véritable culture ayant permis une croissance soutenue et une résilience face aux aléas économiques dans les phases de développement ultérieures.

Cette culture a son origine dans l’encadrement étatique. Étant une ville-état, Singapour jouit d’un gouvernement verticalement intégré, ce qui lui confère une flexibilité avantageuse et une rare liberté dans l’élaboration de ses politiques. Dans le contexte de l’industrie de la construction, cette capacité à intervenir de façon compétente a jalonné de façon continue l’histoire du développement de Singapour, par le biais d’organismes gouvernementaux modérateurs servant à la mobiliser et à l’organiser.

Les débuts de cette pratique remontent au Signapore Investment Trust établi par le gouvernement britannique en 1927, bien avant l’émancipation de Singapour comme état autonome, visant à favoriser l’accès à des logements abordables pour la population. Une fois l’indépendance venue, dans les années 1960, une commission d’enquête sur l’industrie de la construction formée par le gouvernement a dressé un portrait détaillé de l’industrie, puis a effectué une série de recommandations structurantes, incluant l’établissement d’un comité permanent pour encadrer la construction.

Aujourd’hui, cet héritage perdure sous la forme d’un organisme appelé le Building and Construction Authority (BCA), qui régularise la construction et qui promeut des mesures innovantes telles que le BIM (« building information modeling »). Ces dernières seront survolées dans le prochain article.